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Le documentaire « Je suis : Céline Dion » sur Prime Video déchire l’image de la star pour la recomposer


« Je ne veux plus mentir », déclare Céline Dion dans un documentaire qui sera en ligne le 25 juin sur Prime Video. La star y révèle frontalement son quotidien avec la maladie neurologique dont elle souffre et évoque l’éventuelle suite de sa carrière


Les docus-confession sont devenus un genre en soi des plateformes de streaming. On ne compte plus les stars (Lady Gaga, Beyoncé, J-Lo, Mylène Farmer , le couple Beckham…) qui, ces dernières années, ont accepté de laisser les caméras suivre leur quotidien pour montrer, sur Netflix , Prime Video ou Apple TV , une autre facette d’elles-mêmes. Autrement dit, leur vérité côté coulisses – c’est en tout cas la promesse des dossiers de presse. En réalité, l’exercice relève aussi de la communication bien maîtrisée.


« C’est de l’authenticité consentie. On est aussi dans cette ère où l’on se dit que si on doit raconter quelque chose, “il vaut mieux que ce soit moi qui le dise plutôt que quelqu’un d’autre” », expliquait à 20 Minutes , à l’occasion d’un article sur le sujet , Fadhila Brahimi, spécialiste en communication et en image pour les leaders. Je suis : Céline Dion, qui sera mis en ligne le 25 juin sur Prime Vidéo , n’échappe pas à la règle.


Dans un message vidéo lancé mardi juste avant la projection du documentaire événement à la presse française, Céline Dion a salué Irene Taylor, la réalisatrice « incroyablement talentueuse » à qui elle a « fait confiance pour raconter [son] histoire avec le plus grand respect et le plus grand soin. »


« Je ne veux plus mentir »


On se doute que l’artiste a eu son mot à dire sur le montage final mais celui-ci ne s’avère ni convenu, ni aseptisé. Il est même parfois brutal. D’abord, parce qu’il ne cache rien de ce que l’artiste endure avec le syndrome de l’homme raide dont elle est atteinte. Elle a ressenti les premiers effets de cette pathologie neurologique, qui touche une personne sur deux millions, il y a un peu plus de dix-sept ans. Cela a commencé par des spasmes aux cordes vocales. « Un matin, après le petit-déjeuner, j’ai eu la voix plus aiguë », raconte-t-elle face caméra, précisant qu’un lendemain de concert, ce n’est pas normal.


Au fil des ans, les symptômes se sont intensifiés. « J’en étais arrivée à un point où je ne pouvais plus marcher, je perdais l’équilibre », confie Céline Dion. Elle a tout fait pour « ne rien laisser paraître ». En concert, elle trouve des subterfuges : elle tourne le micro vers le public pour ne pas avoir à chanter, ou alors, elle tapote dessus, feignant un problème technique. « Je ne veux plus mentir », déclare-t-elle désormais.


« J’ai voyagé dans le monde entier, mais je n’ai pas vu grand-chose »


Alors Je suis : Céline Dion raconte une vérité en déchirant et recomposant l’image que l’artiste s’est construite depuis le début de sa carrière. Les archives sont nombreuses, vidéos familiales ou extraits de concerts, elles rappellent la mue de la môme issue d’une famille modeste aux quatorze enfants de Charlemagne qui a fini par conquérir le monde en enchaînant tubes et performances vocales. Et puis, juste après que le titre du documentaire s’est affiché, une vidéo tournée au smartphone montre l’artiste de nos jours, allongée au sol, en pleine crise, jusqu’à l’intervention des pompiers.


Je suis : Céline Dion est une succession d’allers-retours entre les différents régimes d’images. Les passages scéniques triomphants et trépidants se heurtent aux moments intimes où elle apparaît, littéralement sans fard, dans sa maison de Las Vegas. Quand un de ses fils lui demande le pays où elle voudrait retourner absolument, Céline Dion répond : « J’ai voyagé dans le monde entier, mais je n’ai pas vu grand-chose. Etrange, non ? C’est le prix à payer. »


Irene Taylor se garde bien de suivre le programme « grandeur et décadence » généralement enclenché comme un pilote automatique dans les récits biographiques. Son angle consiste à suivre une artiste à un tournant de sa vie, personnelle et artistique, et en pleine remise en question. La réalisatrice pointe, au détour d’un plan, les contrastes entre le luxe dans lequel la chanteuse vit, son isolement et la manière dont la maladie entrave son quotidien.


« Ce n’est pas dur de faire un show, ce qui est dur, c’est de l’annuler »


Contraste aussi quand Céline Dion joue les guides dans l’immense entrepôt où sont stockés plusieurs pans de sa vie – ses tenues de scène et de gala, les dessins de ses fils… Elle y apparaît blagueuse et ne manque pas de dire sa gratitude envers ses collaborateurs. L’espace y est ordonné, chaque chose est à sa place, étiquetée. Pendant quelques minutes, elle semble tout maîtriser – on a d’ailleurs l’impression de voir la Céline que l’on connaît depuis toujours, avec sa vigueur et ses bons mots. Mais dès qu’elle quitte cet antre des souvenirs, elle laisse échapper que ses jambes commencent à lui faire mal. Retour à la réalité et à sa vie de tous les jours chaotique.


On pourrait reprendre le titre, Je suis : Céline Dion, dans une formule interrogative et quasi philosophique : « De quoi Céline Dion est-elle le nom ? » Le film s’ouvre par un extrait d’une interview qu’elle a accordée, encore adolescente : « Mon rêve est d’être une star internationale et de chanter toute ma vie ». Une quarantaine d’années plus tard, elle déclare : « [avant la maladie], ma voix était le conducteur de ma vie, je la suivais ». Sans s’embarrasser de fausse modestie, elle avance qu’elle a « accompli de grandes choses », qu’elle savait en allant en studio d’enregistrement « qu’ils voulaient du Céline Dion », c’est-à-dire « celle qui atteint les notes les plus aiguës qui soient, la meilleure ». Elle déclare aussi : « Ce n’est pas dur de faire un show, ce qui est dur, c’est de l’annuler ».


C’est pour cela que, dans l’imagerie populaire, Céline Dion est la diva accessible aux tonalités acrobatiques. L’axe du documentaire qui, par exemple, ne s’appesantit pas sur son histoire d’amour avec René Angélil, montre que l’artiste vaut surtout pour elle-même, s’est construite sur sa voix et s’est dédiée au public. Alors, forcément, on saisit le vertige qui l’atteint, au-delà de la douleur physique qui l’assaille, quand la chanteuse comprend qu’elle ne retrouvera sans doute jamais ses capacités d’antan.


Une réalité brute et choquante


Céline Dion n’exclut pas le retour à la chanson, dans un autre registre que celui qui a fait sa renommée. Elle a cette formule imagée : « Si je ne peux pas courir, je marcherai. Si je ne peux pas marcher, je ramperai. Mais je ne m’arrêterai pas. » Peut-on voir ce documentaire comme la première étape de sa transition vers cette future carrière ?


On pense en avoir la confirmation face à une séquence sidérante, montrant la star en pleine crise, qui sonne comme une manière d’en finir avec une certaine image de Céline Dion. Pendant de longues minutes, le masseur habitué à lui prodiguer des soins, s’occupe d’elle, et l’on sent monter son inquiétude. On voit alors la chanteuse le corps perclus de spasmes, raidi, les traits du visage déformés et figés. Une réalité brute et, osons le mot, choquante, présentée d’une manière que certains qualifieront d’impudique. Quasi-certitude : quiconque aura vu l’artiste ainsi ne la verra plus jamais comme avant. C’est sans doute, consciemment ou non, ce que cherche Céline Dion. Paradoxalement, en assumant cette extrême vulnérabilité, elle montre toute sa force et donne la meilleure démonstration possible à son « Je ne veux plus mentir ».


Dans son message d’introduction, la star disait que ce documentaire était « un moyen de parler à [ses] fans » et qu’elle le leur adresse comme « une lettre d’amour ». Elle leur dit effectivement combien ils lui manquent et que, même si elle n’a pas vraiment de bonnes nouvelles à leur donner, elle garde l’espoir que son retrait de scène ne soit que temporaire. Pas un adieu, juste un au revoir.

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